L'INGRATITUDE ET L'INJUSTICE DES HOMMES ENVERS LA FORTUNE
Un trafiquant sur mer, par bonheur, s'enrichit. Il triompha des vents pendant plus d'un voyage : Gouffre, banc, ni rocher, n'exigea de péage D'aucun de ces ballots ; le Sort l'en affranchit. Sur tous ses compagnons Àtropos et Neptune Recueillirent leurs droits, tandis que la Fortune Prenait soin d'amener son marchand à bon port Facteurs, associés, chacun lui fut fidèle. Il vendit son tabac, son sucre, sa cannelle,
Ce qu'il voulut, sa porcelaine encor Le luxe et la folie enflèrent son trésor ;
Bref, il plut dans son escarcelle.
On ne parlait chez lui que par doubles ducats ; Et mon homme d'avoir chiens, chevaux et carrosses •
Ses jours déjeune étaient des noces.
Un sien ami, voyant ces somptueux repas, Lui dit : Et d'où vient donc un si bon ordinaire? — Et d'où me viendrait-il que de mon savoir-faire ? le n'en dois rien qu'à moi, qu'à mes soins, qu'au talent De risquer à propos et bien placer l'argent. Le profit lui semblant une fort douce chose, Il risqua de nouveau le gain qu'il avait fait; Mais rien, pour cette fois, ne lui vint à souhait.
Son imprudence en fut la cause ;