‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 203 sur 394 · LIVRE VII. FABLE XV · texte numérisé non relu

LIVRE VII. FABLE XV

Un vaisseau mal frété périt au premier vent ; Un autre, mal pourvu des armes nécessaires,

Fut enlevé par les corsaires ;

Un troisième au port arrivant, Rien n'eut cours ni débit : le luxe et la folie

N'étaient plus tels qu'auparavant.

Enfin, ses facteurs le trompant, Etluî-même ayant fait grand fracas, chère lie, Mis beaucoup en plaisirs, en bâtiments beaucoup,

Il devint pauvre tout d'un coup.

Son ami, le voyant en mauvais équipage, Lui dit : D'où vient cela? — De la Fortune, hélas' Consolez-vous, dit l'autre ; et, s'il ne lui plaît pas Quo vous soyez heureux, tout au moins soyez sage.

Je ne sais s'il crut ce conseil ; Maïs je sais que chacun impute, en cas pareil,

Son bonheur à son industrie ; Et si de quelque échec notre faute est suivie,

Nous disons injures au Sort.

Chose n'est ici plus commune :

Le bien, nous le faisons ; le mal, c'est la Fortune ; On a toujours raison, le Destin toujours tort.

Page 1