‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 204 sur 394 · LES DEVINERESSES · texte numérisé non relu

LES DEVINERESSES

C'est souvent du hasard que naît l'opinion; Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue.

Je pourrais fonder ce prologue Sur gens de tous états : tout est prévention. Cabale, entêtement ; point ou peu de justice. C'est un torrent : qu'y faire? il faut qu'il ait son cours

Cela fut, et sera toujours.

Une femme, à Paris, faisait la pythonisse ; On Fallait consulter sur chaque événement ; Perdait-on un chiffon, av3it-on un amant, Un mari vivant trop, au gré de son épouse, Une mère fâcheuse, une femme jalouse.

Chez la devineuse 1 on courait Pour se faire annoncer ce que Ton désirait.

Son fait consistait en adresse :

Quelques termes de l'art, beaucoup de hardiesse, Du hasard quelquefois, tout cela concourait, Tout cela bien souvent faisait crier miracle. Enfin, quoique ignorante à vingt et trois carats,

Elle passait pour un oracle.

L'oracle était logé dedans un galetas :

Là cette femme emplit sa bourse,

Et, sans avoir d'autre ressource, Gagne de quoi donner un rang à son mari : Elle achète un office, une maison aussi.

Voilà le galetas rempli D'une nouvelle hôtesse à qui toute la ville, Femmes, filles, valets, gros messieurs, tout enfin Allait, comme autrefois, demander son destin; Le galetas devint l'antre de la Sibylle : L'autre femelle avait achalandé ce lieu,

1 Pour devinerez

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