LA MORT ET LE MOURANT
La Mort ne surprend point le sage,
Il est toujours prêt à partir,
S'étant su lui-même avertir Du temps où l'on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps : Qu'on le partage en jours, en heures, en moments,
11 n'en est point qu'il ne comprenne Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine, Et le premier instant où les enfants des rois
Ouvrent les yeux à la lumière
Est celui qui vient quelquefois
Fermer pour toujours leur paupière.
Défendez-vous par la grandeur ; Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse ;
La Mort ravit tout sans pudeur ; njour le monde entier accroîtra sa richesse.
11 n'est rien de moins ignoré ;
Et, puisqu'il faut que je le die,
Rien où Ton soit moins préparé.
Un mourant, qui comptait plus de cent ans de vie, Se plaignait à la Mort que précipitamment Elle le contraignait de partir tout à l'heure.
Sans gu'il eût fait son testament,