‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 256 sur 394 · LIVRE VIII. FABLE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. FABLE XXVI

Par lettres et par ambassade, A venir rétablir la raison du malade.

Notre concitoyen, disaient-ils en pleurant, Perd l'esprit : la lecture a gâté Démocrite. Nous l'estimerions plus s'il était ignorant. Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite :

Peut-être même ils sont remplis

De Démocrites infinis.

Non content de ce songe, il y joint les atomes, Enfants d'un cerveau creux, invisibles fantômes ; Et, mesurant les cieux sans bouger d'ici-bas, Il connaît l'univers, et ne se connaît pas. Un temps fut qu'il savait accorder les débats :

Maintenant il parle à lui-même.

Venez, divin mortel; sa folie est extrême. Hippocrate n'eut pas trop de foi pour ces gens ; Cependant il partit. Et voyez, je vous prie,

Quelles rencontres dans la vie Le sort cause ! Hippocrate arriva dans le temps Que celui qu'on disait n'avoir raison ni sens

Cherchait, dans l'homme et dans la bête, Quel siège a la raison, soit le cœur, soit la tète. Sous un ombrage épais, assis près d'un ruisseau,

Les labyrinthes d'un cerveau L'occupaient. Il avait à ses pieds maint volume, Et ne vit presque pas son ami s'avancer,

Attaché selon sa coutume.

Leur compliment fut court, ainsi qu'on peut penser . Le sage est ménager du temps et des paroles. Ayant donc mis à part les entretiens frivoles, Et beaucoup raisonné sur l'homme et sur l'esprit,

Ils tombèrent sur la morale.

Il n'est pas besoin que j'étale

Tout ce que l'un et l'autre dit.

Le récit précédent suffit Pour montrer que le peuple est juge récusable. En quel sens est donc véritable

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