LIVRE IX. FABLE I
On pourrait aucunement Souffrir ce défaut aux hommes ; Mais que tous, tant que nous sommes, Nous mentions, grand et petit, Si quelque autre Pavait dit, Je soutiendrais le contraire.
Et même qui mentirait Comme Ésope et comme Homère Un vrai menteur ne serait :
Le doux charme de maint songe Par leur bel art inventé Sous les habits du mensonge Nous offre la vérité.
L'un et l'autre a fait un livre Que je tiens digne de vivre • Sans fin, et plus, s'il se peut.
Comme eux ne ment pas qui veut .
Mais mentir comme sut faire Un certain dépositaire, Payé par son propre mot, Est d'un méchant et d'un sot.
Voici le fait :
Un trafiquant de Perse, Chez son voisin, s'en allant en commerce, Mit en dépôt un cent de fer un jour.
Mon fer? dit-il quand il fut de retour. — Votre fer! il n'est plus : j'ai regret de vous dire
Qu'un rat l'a mangé tout entier.
J'en ai grondé mes gens : mais qu'y faire? un grenier A toujours quelque trou. Le trafiquant admire Un tel prodige, et feint de le croire pourtant. Au bout de quelques jours il détourne l'enfant Du perfide voisin, puis à souper convie Le père, qui s'excuse et lui dit en pleurant ; Dispensez- moi, je vous supplie; Tous plaisirs pour moi sont perdus.
J'aimais un fils plus que ma vie :