‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 260 sur 394 · LIVRE IX FABLE I · texte numérisé non relu

LIVRE IX FABLE I

Je n'ai que lui; que dis-je ? hélas ! je ne l'ai plus 1

On me Ta dérobé : plaignez mon infortune.

Le marchand repartit : Hier au soir, sur la brune,

Un chat-huant s'en vint votre fils enlever ;

Vers un vieux bâtiment je le lui vis porter.

Le père dit : Comment voulez-vous que je croie

Qu'un hibou pût jamais emporter cette proie :

Mon fils en un besoin eût pris le chat-huant.

Je ne vous dirai point, reprit l'autre, comment :

Mais enfin je l'ai vu, vu de mes yeux, vous dis-je ;

Et ne vois rien qui vous oblige D'en douter un moment après ce que je dis.

Faut-il que vous trouviez étrange

Que les chats-huants d'un pays Où le quintal de fer par un seul rat se mange, Enlèvent un garçon pesant un demi-cent?

L'autre vit où tendait cette feinte aventure :

11 rendit le fer au marchand,

Qui lui rendit sa géniture1.

Même dispute advint entre deux voyageurs.

L'un d'eux était de ces conteurs Qui n'ont jamais rien vu qu'avec un microscope; Tout est géant chez eux : écoutez-les, l'Europe, Comme l'Afrique, aura des monstres à foison. Celui-ci se croyait l'hyperbole permise : J'ai vu, dit-il, un chou plus grand qu'une maison. Et moi, dit l'autre, un pot aussi grand qu'une église. Le premier se moquant, l'autre reprit : Tout doux ;

On le fit pour cuire vos choux.

L'homme au pot fut plaisant ; l'homme au fer fut habile. Quand l'absurde est outré, l'on lui fait trop d'honneur De vouloir, par raison, combattre son erreur : Enchérir est plus court sans s'échauffer la bile.

4 Son fils.

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