‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 264 sur 394 · LIVRE IX. FABLE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IX. FABLE IV

L'un d'eux disait : Messieurs, mon mérite et ma gloire Sont connus en bon lieu. Le roi m'a voulu voir ;

Et si je meurs, il veut avoir Un manchon de ma peau, tant elle est bigarrée,

Pleine de taches, marquetée,

Et vergetée, et mouchetée î La bigarrure plaît : partant chacun le vit. Mais ce fut bientôt tait ; bientôt chacun sortit Le singe, de sa part, disait ; Venez, de grâce ; Venez, messieurs : je fais cent tours de passe-passe. Cette diversité dont on vous parle tant, Mon voisin léopard l'a sur soi seulement ; Moi, je l'ai dans l'esprit. Votre serviteur Gille,

Cousin et gendre de Bertrand,

Singe du pape en son vivant,

Tout fraîchement en cette ville Arrive en trois bateaux *, exprès pour vous parler ; Car il parle : on l'entend ; il sait danser, baller,

Faire des tours de toute sorte, Passer en des cerceaux ; et le tout pour six blancs : Non, messieurs : pour un sou ; si vous n'êtes contents. Nous rendrons à chacun son argent à la porte.

Le singe avait raison. Ce n'est pas sur l'habit Que la diversité me plaît ; c'est dans l'esprit : L une fournit toujours des choses agréables ; L'autre, en moins d'un moment, lasse les regardants. Oh ! que de grands seigneurs, au léopard semblables, N'ont que l'habit pour tous talents.

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