‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 265 sur 394 · LE GLAND ET LA CITROUILLE · texte numérisé non relu

LE GLAND ET LA CITROUILLE

Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la preuve En tout cet univers, et l'aller parcourant, Dans les citrouilles je la treuve.

Un villageois, considérant Combien ce fruit est gros et sa tige est menue : 1 Locution proverbiale qui signifie : arriver en grand équipage.

A quoi songeait, dit-il, l'auteur de tout cela ? Il a bien mal placé cette citrouille-là!

Eh parbleu î je l'aurais pendue

À l'un des chênes que voilà ;

C'eût été justement l'affaire :

Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.

C'est dommage, Garo, que tu n'es point entré Au conseil de celui que prêche ton curé ; Tout en eût été mieux : car pourquoi, par exemple, Le gland qui n'est pas gros comme mon petit doigt,

Ne pend-il pas en cet endroit?

Dieu s'est mépris : plus je contemple Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo

Que l'on a fait un quiproquo.

Cette réflexion embarrassant notre homme : On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'esprit; Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme. IL gland tombe : le nez du dormeur en pâtit. Il s'éveille, et, portant la main sur son visage, Il trouve encor le gland pris aux poils du menton. Son nez meurtri le force à changer de langage.

266 LIVRE ix. FABLE V.

Oh ! oh ! dit-il, je saigne ! Et que serait-ce donc S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde,

Et que ce gland eût été gourde ?

Dieu ne Ta pas voulu : sans doute il eut raison ;

J'en vois bien à présent la cause.

En louant Dieu de toute chose Garo retourne a la maison.

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