L'ÉCOLIER, LE PÉDANT ET LE MAITRE D'UN JARDIN
Certain enfant qui sentait son collège, Doublement sot et doublement fripon Par le jeune âge et par le privilège Qu'ont les pédants de gâter la raison, Chez un voisin dérobait, ce dit-on, Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne, Des plus beaux dons que nous offre Pomone Avait la fleur, les autres le rebut.
Chaque saison apportait son tribut ; Car au printemps il jouissait encore Des plus beaux dons que nous présente Flore. Un jour dans son jardin il vit notre écolier, Qui, grimpant sans égards sur un arbre fruitier, Gâtait jusqu'aux boutons, douce et frêle espérance, Avant-coureurs des biens que promet l'abondance : Même il ébranchait l'arbre, et fit tant à la fin
Que le possesseur jardin Envoya faire plainte au maître de la classe. Celui-ci vint suivi d'un cortège d'enfants ;
Voilà le verger plein de gens Pires que le premier. Le pédant, de sa grâce, Accrut le mal en amenant Cette jeunesse mal instruite :
Le tout, à ce qu'il dit, pour faire un châtimen Qui pût servir d'exemple, et dont toute sa suite Se souvint à jamais comme d'une leçon.
Là-dessus il cita Virgile et Cicéron,