‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 274 sur 394 · L'HUITRE ET LES PLAIDEURS · texte numérisé non relu

L'HUITRE ET LES PLAIDEURS

Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent

Une huître que le flot y venait d'apporter :

Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent;

A l'égard de la dent il fallut contester.

L'un se baissait de à pour amasser1 la proie;

L'autre le pousse et dit ; Il est bon de savoir

i Ramasser.

Qui de nous en aura la joie.

Celui qui le premier a pu l'apercevoir En sera le gobeur ; l'autre le verra faire.

Si par là Ton juge l'affaire, Reprit son compagnon, j'ai l'œil bon, Dieu merci.

Je ne l'ai pas mauvais aussi, Dit l'autre, et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. Hé bien! vous l'avez vue, et moi je l'ai sentie.

Pendant tout ce bel incident, Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge. Perrin, fort gravement, ouvre l'huitre et la gruge,

Nos deux messieurs le regar \ant.

Ce repas fait, il dit d'un ton de président : Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille, Sans dépens ; et qu'en paix chacun chez soi s'en aille.

Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles * Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui, Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles1.

4 Ne leur laisse rien.

Page 1