‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 290 sur 394 · LIVRE X. FABLE I · texte numérisé non relu

LIVRE X. FABLE I

Or, vous savez, Iris, de certaine science,

Que, quand la bête penserait,

La bête ne réfléchirait

Sur l'objet ni sur sa pensée.

Descartes va plus loin, et soutient nettement

Qu'elle ne pense nullement.

Vous n'êtes point embarrassée De le croire ; ni moi. Cependant, quand au bois

Le bruit des cors, celui des voix, N'a donné nul relâche à la fuyante proie,

Qu'en vain elle a mis ses efforts

A confondre et brouiller la voie, L'animal chargé d'ans, vieux cerf, et de dix cors, En suppose 1 un plus jeune, et l'oblige par force A présenter aux chiens une nouvelle amorce. Que de raisonnements pour conserver ses jours . Le retour sur ses pas, les malices, les tours,

Et le change, et cent stratagèmes Dignes des plus grands chefs, dignes d'un meilleur sort

On le déchire après sa mort :

Ce sont tous ses honneurs suprêmes.

Quand la perdrix

Voit ses petits En danger et n'ayant qu'une plume nouvelle, Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas, Elle fait la blessée et va traînant de l'aile, Attirant le chasseur et le chien sur ses pas, Détourne le danger, sauve ainsi sa famille ; Et puis, quand le chasseur croit que son chien la pille2, Elle lui dit adieu, prend sa volée, et rit De l'homme qui, confus, des yeux en vain la suit.

Non loin du Nord, il est un monde Où l'on sait que les habitants Vivent, ainsi qu'aux premiers temps,

4 Se fait remplacer par un plus jeune. • Le tient.

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