‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 291 sur 394 · LIVRE X. FABLE I · texte numérisé non relu

LIVRE X. FABLE I

Dans une ignorance profonde :

Je parle des humains ; car, quant aux animaux.

Ils y construisent des travaux Qui des torrents grossis arrêtent le ravage, Et font communiquer l'un et l'autre rivage. L'édifice résiste et dure en son entier : Après un lit de bois est un lit de mortier. Chaque castor agit ; commune en est la tâche : Le vieux y fait marcher le jeune sans relâche ; Maint maître d'oeuvre y court et tient haut le bâton.

La république de Platon

Ne serait rien que l'apprentie

De cette famille amphibie.

Ils savent en hiver élever leurs maisons,

Passent les étangs sur des ponts,

Fruit de leur art, savant ouvrage ;

Et nos pareils ont beau le voir,

Jusqu'à présent tout leur savoir

Est de passer l'onde à la nage.

Que ces castors ne soient qu'un corps vide d'esprit, Jamais on ne pourra m'obliger à le croire ; Mais voici beaucoup plus : écoutez ce récit,

Que je tiens d'un roi plein de gloire. Le défenseur du Nord vous sera mon garant : Je vais citer un prince aimé de la Victoire ; Son nom seul est un mur à l'empire ottoman : C'est le roi polonais1. Jamais un roi ne ment.

Il dit donc que, sur sa frontière, Des animaux entre eux ont guerre de tout temps . Le sang, qui se transmet des pères aux enfants,

En renouvelle la matière.

Ces animaux, dit-il, sont germains du renard.

Jamais la guerre avec tant d'art

Ne s'est faite parmi les hommes,

Non pas même au siècle où nous sommes.

1 Sobieski, qui passa quelque temps à Paris, et rechercha ia30 ciété de madame de la Sablière, chez laquelle la Fontaine eut occasion de s'entretenir avec lui.

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