‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 294 sur 394 · LIVRE X. FABLE I · texte numérisé non relu

LIVRE X. FABLE I

Quelqu'un peut donc penser ne se pouvant connaître.

Par un exemple tout égal,

J'attribuerais à l'animal, Non point une raison selon notre manière, Mais beaucoup plus aussi qu'un aveugle ressort : Je subtiliserais un morceau de matière, Que l'on ne pourrait plus concevoir sans effort, Quintessence d'atome, extrait de la lumière, Je ne sais quoi plus vif et plus mobile encor Que le feu; car enfin, si le bois fait la flamme, La flamme, en s' épurant, peut-elle pas de l'âme Nous donner quelque idée? et sort-il pas de l'or Des entrailles du plomb ? Je rendrais mon ouvrage Capable de sentir, juger, rien davantage,

Et juger imparfaitement, Sans qu'un singe jamais fit le moindre argument.

A l'égard de nous autres hommes, Je ferais notre lot infiniment plus fort ;

Nous aurions un double trésor :

L'un, cette âme pareille en tous tant que nous sommes,

Sages, fous, enfants, idiots, Hôtes de l'univers sous le nom d'animaux : L'autre encore une autre âme, entre nous et les ange?

Commune en un certain degré ;

Et ce trésor à part créé Suivrait parmi les airs les célestes phalanges, Entrerait dans un point sans en être pressé, Ne finirait jamais quoique ayant commencé :

Choses réelles quoique étranges.

Tant que l'enfance durerait, Cette fille du ciel en nous ne paraîtrait

Qu'une tendre et faible lumière :

L "organe étant plus fort, la raison percerait

Les ténèbres de la matière,

Qui toujours envelopperait

L'autre âma imparfaite et grossière.

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