LIVRE X. FABLE I
Un esprit vit en nous et meut tous nos ressorts; L'impression se fait : le moyen, je l'ignore ; On ne l'apprend qu'au sein de la Divinité; Et, s'il faut en parler avec sincérité,
Descartes l'ignorait encore.
Nous et lui là-dessus nous sommes tous égaux : Ce que je sais, Iris, c'est qu'en ces animaux
Dont je viens de citer l'exemple, Cet esprit n'agit pas : l'homme seul est son temple; Aussi faut-il donner à l'animal un point
Que la plante après tout n'a point :
Cependant la plante respire.
Mais que répondra-t-on à ce que je vais dire? Deux rats cherchaient leur vie : ils trouvèrent un œuf. Le dîner suffisait à gens de cette espèce ; Il n'était pas besoin qu'ils trouvassent un bœuf.
Pleins d'appétit et d'allégresse, Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part, Quand un quidam parut : c'était maître renard ;
Rencontre incommode et fâcheuse :
Car comment sauver l'œuf? Le bien empaqueter, Puis des pieds de devant ensemble le porter,
Ou le rouler, ou le traîner :
C'était chose impossible autant que hasardeuse.
Nécessité l'ingénieuse
Leur fournit une invention.
Comme ils pouvaient gagner leur habitation, L'écornifïeur 1 étant à demi-quart de lieue, L'un se mit sur le dos, prit l'œuf entre ses bras ; Puis, malgré quelques heurts et quelques mauvais pas
L'autre le traîna par la queue.
Qu'on m'aille soutenir, après un tel récit,
Que les bêtes n'ont point d'esprit?
Pour moi, si j'en étais le maître, Je leur en donnerais aussi bien qu'aux enfants. Ceux-ci pensent-ils pas dès leurs plus jeunes ans?
* Le parasite.
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