‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 324 sur 394 · LIVRE XI. FABLE III · texte numérisé non relu

LIVRE XI. FABLE III

Les marques de sa cruanté Parurent avec l'aube : on vit un étalage

De corps sanglants et de carnage.

Peu s'en fallut que le soleil Ne rebroussât d'horreur vers le manoir liquide.

Tel et d'un spectacle pareil, Apollon irrité contre le fier Atride Joncha son camp de morts ; on vit presque détruit L'ost 1 des Grecs ; et ce fut l'ouvrage d'une nuit.

Tel encore autour de sa tente

Ajax, à l'âme impatiente, De moutons et de boucs fît un vaste débris, Croyant tuer en eux son concurrent Ulysse

Et les auteurs de l'injustice

Par qui Tautre emporta le prix.

Le renard, autre Ajax aux volailles funeste, Emporte ce qu'il peut, laisse étendu le reste. Le maître ne trouva de recours qu'à crier Contre ses gens, son chien : c'est l'ordinaire usage Ah ! maudit animal, qui n'est bon qu'à noyer, Que n'avertissais-tu dès l'abord du carnage? — Que ne l'évitiez-vous ? c'eût été plus tôt fait : Si vous, maître et fermier, à qui touche le fait, Dormez sans avoir soin que la porte soit close, Voulez-vous que moi, chien, qui n'ai rien à la chose, Sans aucun intérêt je perde le repos ?

Ce chien parlait très à propos :

Son raisonnement pouvait être

Fort bon dans la bouche d'un maître,

Mais, n'étant que d'un simple chien,

On trouva qu'il ne valait rien :

On vous sangla le pauvre drille.

Toi donc, qui que tu sois, ô père de famille

(Et je ne t'ai jamais envié cet honneur),

T attendre aux yeux d' autrui quand tu dors, c'est erreur !

Couche-toi le dernier, et vois fermer ta porte.

1 L'armée-

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