LE SONGE D'UN HABITANT DU MOGOL
Jadis certain Mogol vit en songe un vizir Aux champs élysiens possesseur d'un plaisir Aussi pur qu'infini, tant en prix qu'en durée : Le même songeur vit en une autre cojitrée
Un ermite entouré de feux, Qui touchait de pitié même les malheureux. Le cas parut étrange et contre l'ordinaire : Minos en ces deux morts semblait s'être mépris. Le dormeur s'éveilla, tant il en fut surpris ! Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère,
11 se fit expliquer l'affaire.
L'interprète lui dit : Ne vous étonnez point ; Votre songe a du sens ; et, si j'ai sur ce point
Acquis tant soit peu d'habitude, C'est un avis des dieux. Pendant l'humain séjour, Ce vizir quelquefois cherchait la solitude ; Cet ermite aux vizirs allait faire sa cour.
Si j'osais ajouter au mot de l'interprète,
J'inspirerais ici l'amour de la retraite ;
Elle offre à ses amants des biens sans embarras,
Biens purs, présents du ciel, qui naissent sous les pas
Solitude, où je trouve une douceur secrète,
Lieux que j'aimai toujours, ne pourra i-je jamais,
Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais !
Oh ! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles !
Quand pourront les neuf sœurs, loin des cours et des villes,
M'occuper tout entier, et m'apprendre des cieux
Les divers mouvements inconnus à nos yeux,
Les noms et les vertus de ces clartés errantes
Par qui sont nos destins et nos mœurs différentes !
Que si je ne suis né pour de si grands projets,
lu moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets !