‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 327 sur 394 · LE LION, LE SINGE ET LES DEUX ANES · texte numérisé non relu

LE LION, LE SINGE ET LES DEUX ANES

Le lion, pour bien gouverner,

Voulant apprendre la morale,

Se fit, un beau jour, amener Le singe, maître ès arts chez la gent animale. La première leçon que donna le régent Fut celle-ci : Grand roi, pour régner sagement,

Il faut que tout prince préfère Le zèle de FEtat à certain mouvement

Qu'on appelle communément

Amour-propre ; car c'est le père,

C'est l'auteur de tous les défauts

Que l'on remarque aux animaux.

Vouloir que de tout point ce sentiment tous quitte,

Ce n'est pas chose si petite

Qu'on en vienne à bout en un jour :

C'est beaucoup de pouvoir modérer cet amour.

Par là votre personne auguste

N'admettra jamais rien en soi

De ridicule ni d'injuste.

Donne-moi, repartit le roi,

Des exemples de l'un et Y autre.

Toute espèce, dit le docteur,

Et je commence par ia nôtre, Toute profession s'estime dans son cœur,

Traite les autres d'ignorantes,

Les qualifie d'impertinentes; Et semblât/ ; discours qui ne nous coûtent rien.

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