LIVRE II. FABLE I
Par mille assauts, par -cent batailles, N'avaient pu mettre à bout cette fiëre cité; Quand un cheval de bois, par Minerve inventé,
D'un rare et nouvel artifice, Dans ses énormes flancs reçut le sage Ulysse, Le vaillant Diomède, Àjax l'impétueux,
Que ce colosse monstrueux Avec leurs escadrons devait porter dans Troie, Livrant à leur fureur ses dieux mêmes en proie : Stratagème inouï, qui des fabricateurs
Paya la constance et la peine...
C'est assez, me dira quelqu'un de nos auteurs : La période est longue, il faut reprendre haleine ;
Et puis, votre cheval de bois,
Vos héros avec leurs phalanges,
Ce sont des contes plus étranges Qu'un renard qui cajole un corbeau sur sa voix : De plus, il vous sied mal d'écrire en si haut style. Eh bien! baissons d'un ton. La jalouse Amarylle Songeait à son Alcippe, et croyait de ses soins N'avoir que ses moutons et son chien pour témoins. Tircis, qui l'aperçut, se glisse entre des saules ; Il entend la bergère adressant ces paroles
Au doux zéphyr, et le priant
De les porter à son amant...
Je vous arrête à cette rime,
Dira mon censeur à l'instant ;
Je ne la tiens pas légitime,
Ni d'une assez grande vertu :
Remettez, pour le mieux, ces deux vers à la fonte.
Maudit censeur! te tairas-tu?
Ne saurais- e achever mon conte?
C'est un dessein très-dangereux
Que d'entreprendre de te flaire.
Les délicats sont malheureux :
Rien ne saurait les satisfaire.