LIVRE XI. FABLE VII
Son personnage en raccourci.
Son menton nourrissait une barbe touffue;
Toute sa personne velue Représentait un ours, mais un ours mal léché Sous un sourcil épais il avait l'œil caché, Le regard de travers, nez tortu, grosse lèvre,
Portait sayon de poil de chèvre
Et ceinture de joncs marins.
Cet homme ainsi bâti fut député des villes Que lave le Danube. Il n'était point d'asiles
Où l'avarice des Romains Ne pénétrât alars et ne portât les mains. Le député vint donc, et fit cette harangue : Romains, et vous, sénat, assis pour m'écouter, Je supplie avant tout les dieux de m'assister ; Veuillent les immortels, conducteurs de ma langue, Que je ne dise rien qui doive être repris ! Sans leur aide, il ne peut entrer dans les esprits
Que tout mal et toute injustice :
Faute d'y recourir, on viole leurs lois. Témoin nous, que punit la romaine avarice : Rome est, par nos forfaits plus que par ses exploits,
L'instrument de notre supplice.
Craignez, Romains, craignez que le ciel quelque jour Ne transporte chez vous les pleurs et la misère, En mettant en nos mains, par un juste retour, Les armes dont se sert sa vengeance sévère,
Et ne vous fasse, en sa colère,
Nos esclaves à votre tour.
Et pourquoi sommes-nous les vôtres ? Qu'on me die En quoi vous valez mieux que cent peuples divers. Quel droit vous a rendus maîtres de l'univers? Pourquoi venir troubler une innocente vie ? Nous cultivions en paix d'heureux champs, et nos mains Etaient propres aux arts ainsi qu'au labourage.
Qu'avez-vous appris aux Germains?
Ils ont l'adresse et le courage .
S'ils avaient eu l'avidité,