LIVRE XII. FABLE I
On aperçoit le vôtre aller en augmentant : Il ne va pas, il court, il semble avoir des ailes. Le héros dont il tient des qualités si belles Dans le métier de Mars brûle d'en faire autant : Il ne tient pas à lui que, forçant la victoire,
11 ne marche à pas de géant
Dans la carrière de la gloire.
Quelque dieu le retient : c'est notre souverain, Lui qu'un mois a rendu maître et vainqueur du Rhin, Cette rapidité fut alors nécessaire ; Peut-être serait-elle aujourd'hui téméraire. Je m'en tais : aussi bien les Ris et les Amours Ne sont pas soupçonnés d'aimer les longs discours. De ces sortes de dieux votre cour se compose : Ils ne vous quittent point. Ce n'est pas qu'après tout D'autres divinités n'y tiennent le haut bout : Le sens et la raison y règlent toute chose. Consultez ces derniers sur un fait où les Grecs,
Imprudents et peu circonspects,
S'abandonnèrent à des charmes Qui métamorphosaient en bêtes les humains . Les compagnons d'Ulysse, après dix ans d'alarmes; Erraienl au gré du vent, de leur sort incertains.
Ils abordèrent un rivage
Où la fille du dieu du jour,
Circé tenait alors sa cour.
Elle leur fit prendre un breuvage Délicieux, mais plein d'un funeste poison.
D'abord ils perdent la raison ; Quelques moments après, leur corps et leur visage Prennent l'air et les traits d'animaux différents : Les voilà devenus ours, lions, éléphants :
Les uns fous une masse énorme,
Les autres sous une autre forme :
11 s'en vit de petits; exemplum ut tclpa{.
Le seul Ulysse en échappa ; 11 sut se défier de la liqueur traîtresse. 1 Comme des taupes par exemple.