‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 343 sur 394 · LIVRE XII. FABLE I · texte numérisé non relu

LIVRE XII. FABLE I

Comme il joignait à la sagesse La mine d'un héros et le doux entretien,

Il fit tant que l'enchanteresse Prit un autre poison peu différent du sien. Une déesse dit tout ce qu'elle a dans l'âme ,

Celle-ci déclara sa flamme.

Ulysse était trop fin pour ne pas profiter

D'une pareille conjoncture :

Il obtint qu'on rendrait à ses Grecs leur figure. Mais la voudront-ils bien, dit la nymphe, accepter? Allez le proposer de ce pas à la troupe. Ulysse y court et dit : L'empoisonneuse coupe A son remède encore, et je viens vous l'offrir Chers amis, voulez-vous hommes redevenir ?

On vous rend déjà la parole.

Le lion dit, pensant rugir :

Je n'ai pas la tête si folle ; Moi renoncer aux dons que je viens d'acquérir ! ï'ai griffe et dents, et mets en pièces qui m'attaque. Je suis roi : deviendrai-je un citadin d'Ithaque? Tu me rendras peut-être encor simple soldat :

Je ne veux point changer d'état.

Ulysse du lion court à Tours : Eh 1 mon frère, Comme te voilà fait 1 je t'ai vu si joli !

Ah ! vraiment nous y voici,

Reprit l'ours à sa manière :

Comme me voilà fait ! comme doit être un ours. Qui t'a dit qu'une forme est plus belle qu'une autre ?

Est-ce à la tienne à juger de la nôtre? Je m'en rapporte aux yeux d'une ourse mes amours. Te déplais- e ? va-t'en ; suis ta route et me laisse. Je vis libre, content, sans nul soin qui me presse;

Et te dis tout net et tout plat :

Je ne veux point changer d'état.

Le prince grec au loup va proposer l'affaire ; Il lui dit, au hasard d'un semblable refus :

Camarade, je suis confus Qu'une jeune et belle bergère

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