‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 345 sur 394 · A MONSEIGNSOR LE DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

A MONSEIGNSOR LE DUC DE BOURGOGNE

Un chat, contemporain d'un fort jeune moineau, Fut logé près de lui dès l'âge du berceau : La cage et le panier avaient mêmes pénates. Le chat était souvent agacé par l'oiseau : L'un s'escrimait du bec ; l'autre jouait des pattes. Ce dernier toutefois épargnait son ami,

Ne le corrigeant qu'à demi ;

11 se fût fait un grand scrupule

D'armer de pointes sa férule.

Le passereau, moins circonspect,

Lui donnait force coups de bec.

En sage et discrète personne,

Maître chat excusait ces jeux :

Entre amis il ne faut jamais qu'on s'aoandonne

Aux traits d'un courroux sérieux.

Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas âge, \Ine longue habitude en paix les maintenait ; Jamais en vrai combat le eu ne se tournait :

Quand un moineau du voisinage S'en vint les visiter et se fit compagnon Du pétulant Pierrot et du sage Raton.

Entre les deux oiseaux il arriva querelle .

Et Raton de prendre parti.

Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle,

D'insulter ainsi notre ami !

Le moineau du voisin viendra manger le nôtre ! Non, de par tous les chcts ! Entrant lors au combai, ïl croque l'étranger. Vraiment, dit maître chat, Les moineaux ont un goût exquis et délicat! Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.

Quelle morale puis-je inférer de ce fait?

Sans cela, toute fable est un œuvre imparfait.

Yen crois voir quelques traits: mais leur ombre m'abuie

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