‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 344 sur 394 · LIVRE XII. FABLE I · texte numérisé non relu

LIVRE XII. FABLE I

Conte aux échos les appétits gloutons

Qui font fait manger ses moutons.

Autrefois on t'eût vu sauver sa bergerie •

Tu menais une honnête vie.

Quitte ces bois et redeviens,

Au lieu de loup, homme de bien.

En est-il ? dit le loup : pour moi, je n'en vois guère. Tu t'en viens me traiter de bête carnassière ; Toi qui parles, qu'es-tu? N'auriez-vous pas, sans moi, Mangé ces animaux que plaint tout le village?

Si j'étais homme, par ta foi,

Aimerais-je moins le carnage ?

Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous • Ne vous êtes-vous pas l'un à l'autre des loups ? Tout bien considéré, je te soutiens en somme

Que, scélérat pour scélérat,

Il vaut mieux être un loup qu'un homme *.

Je ne veux point changer d'état.

Ulysse fit à tous une même semonce 1 :

Chacun d'eux fit même réponse,

Autant le grand que le petit.

La liberté, les bois, suivre leur appétit,

C'était leurs délices suprêmes :

Tous renonçaient au lôs2 des belles actions. Ils croyaient s'affranchir suivant leurs passions :

Ils étaient esclaves d'eux-mêmes.

Prince, j'aurais voulu vous choisir un sujet Où je pusse mêler le plaisant à l'utile;

C'était sans doute un beau pro^t,

Si ce choix eût été facile. Les compagnons d'Ulysse enfin se sont offerts ; Us ont force pareils en ce bas univers,

Gens à qui j'impose pour j:eine

Votre censure et votre haine.

4 Exhortation.

* Gloire,

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