LIVRE XII. FABLE I
Conte aux échos les appétits gloutons
Qui font fait manger ses moutons.
Autrefois on t'eût vu sauver sa bergerie •
Tu menais une honnête vie.
Quitte ces bois et redeviens,
Au lieu de loup, homme de bien.
En est-il ? dit le loup : pour moi, je n'en vois guère. Tu t'en viens me traiter de bête carnassière ; Toi qui parles, qu'es-tu? N'auriez-vous pas, sans moi, Mangé ces animaux que plaint tout le village?
Si j'étais homme, par ta foi,
Aimerais-je moins le carnage ?
Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous • Ne vous êtes-vous pas l'un à l'autre des loups ? Tout bien considéré, je te soutiens en somme
Que, scélérat pour scélérat,
Il vaut mieux être un loup qu'un homme *.
Je ne veux point changer d'état.
Ulysse fit à tous une même semonce 1 :
Chacun d'eux fit même réponse,
Autant le grand que le petit.
La liberté, les bois, suivre leur appétit,
C'était leurs délices suprêmes :
Tous renonçaient au lôs2 des belles actions. Ils croyaient s'affranchir suivant leurs passions :
Ils étaient esclaves d'eux-mêmes.
Prince, j'aurais voulu vous choisir un sujet Où je pusse mêler le plaisant à l'utile;
C'était sans doute un beau pro^t,
Si ce choix eût été facile. Les compagnons d'Ulysse enfin se sont offerts ; Us ont force pareils en ce bas univers,
Gens à qui j'impose pour j:eine
Votre censure et votre haine.
4 Exhortation.
* Gloire,