LIVRE XII. FABLE VIII
Le maître ayant réglé leurs emplois, leurs repas, Et menacé du fouet quiconque aurait querelle, Ces animaux vivaient entre eux comme cousins. Cette union si douce et presque fraternelle
Edifiait tous les voisins.
Snfin elle cessa. Quelque plat de potage, Quelque os, par préférence, à quelqu'un d'eux donné. Fit que l'autre parti s'en vint tout forcené
Représenter un tel outrage.
J'ai vu des chroniqueurs attribuer le cas iux passe-droits qu'avait une chienne en gésine.
Quoi qu'il en soit, cet altercas1 Mit en combustion la salle et la cuisine : Chacun se déclara pour son chat, pour son chien. On fit un règlement dont les chats se plaignirent,
Et tout le quartier étourdirent.
Leur avocat disait qu'il fallait bel et bien Recourir aux arrêts. En vain ils les cherchèrent Dans un coin où d'abord leurs agents les cachèrent :
Les souris enfin les mangèrent, Autre procès nouveau. Le peuple souriquois En pâtit : maint vieux chat, fin, subtil et narquois, Et d'ailleurs en voulant à toute cette race,
Les guetta, les prit, fit main basse.
Le maître du logis ne s'en trouva que mieux, l'en reviens à mon dire. On ne voit sous les cieux Nul animal, nul être, aucune créature, Qui n'ait son opposé : c'est la loi de nature. D'en chercher la raison, ce sont soins superflus. Dieu fit bien ce qu'il fit, et je n'en sais pas plus.
Ce que je sais, c'est qu'aux grosses paroles On en vient, sur un rien, plus des trois quarts du temps Humains, il vous faudrait encore à soixante ans
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1 Altercation.
Maîtres d'école. Expression ironique.