‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 355 sur 394 · LE LOUP ET LE RENARD · texte numérisé non relu

LE LOUP ET LE RENARD

D'où vient que personne en la vie N'est satisfait de son état ?

Tei voudrait bien être soldat A qui le soldat porte envie.

Certain renard voulut, dit-on, Se faire loup. Eh ! qui peut dire Que pour le métier de mouton Jamais aucun loup ne soupire ?

Ce qui m'étonne est qu'à huit ans Un prince en fable ait mis la chose, Pendant que sous mes cheveux blancs Je fabrique, à force de temps, Des vers moins sensés que sa prose.

Les traits dans sa fable semés Ne sont en l'ouvrage du poëte Ni tous ni si bien exprimés :

Sa louange en est plus complète.

De la chanter sur la musette, C'est mon talent ; mais je m'attends Que mon héros, dans peu de temps, Me fera prendre la trompette.

Je ne suis pas un grand prophète, Cependant je lis dans les cieux Que bientôt ses faits glorieux Demanderont plusieurs Homères :

Et ce temps-ci n'en produit guères.

Laissant à part tous ces mystères, Essayons de conter la fable avec succès.

'Le renard dit au loup : Notre cher, pour tout mets J'ai souvent un vieux coq ou de maigres poulets

C'est une viande qui me lasse.

Tu fais meilleure chère avec moins de hasard : J approche des maisons ; tu te tiens à l'écart.

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