‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 362 sur 394 · LIVRE XII. FABLE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII. FABLE XII

Un siècle de séjour doit ici vous suffire, Hymen veut séjourner tout un siècle chez vous.

Puissent ses plaisirs les plus doux

Vous composer des destinées

Par ce temps à peine bornées !

Et la princesse et vous n'en méritez pas moins.

J'en prends ses charmes pour témoins ;

Pour témoins j'en prends les merveilles Par qui le ciel pour vous prodigue, en ses présents, De qualités qui n'ont qu'en vous seul leurs pareilles,

Voulut orner vos jeunes ans.

Bourbon de son esprit ses grâces assaisonne ;

Le ciel joignit en sa personne

Ce qui sait se faire estimer

A ce qui sait se faire aimer .

11 ne m'appartient pas d'étaler votre joie .

Je me tais donc, et vais rimer

Ce que fit un oiseau de proie.

Un milan, de son nid antique possesseur,

Etant pris vif par un chasseur, D'en faire au prince un don cet homme se propose. La rareté du fait donnait prix à la chose. L'oiseau, par le chasseur humblement présenté,

Si ce conte n'est apocryphe,

Va tout droit imprimer sa griffe

Sur le nez de sa majesté. — Quoi ! sur le nez du roi? — Du roi meme en personne Il n'avait donc alors ni sceptre ni couronne? Quand il en aurait eu, ç'aurait été tout un : Le nez royal fut pris comme un nez du commun. Dire des courtisans les clameurs et la peine Serait se consumer en efforts impuissants. Le roi n'éclata point : les cris sont indécents

A la majesté souveraine.

L'oiseau garda son poste : on ne put seulement

Hâter son départ d'un moment.

Son maître le rappelle, et crie, et se tourmente. Lui présente le leurre, et le poing, mais en vain :

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