‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 378 sur 394 · LE PHILOSOPHE SCYTHE · texte numérisé non relu

LE PHILOSOPHE SCYTHE

Un philosophe austère, et né dans la Scythie, Se proposant de suivre une plus douce vie, Voyagea chez les Grecs, et vit en certains lieux Un sage assez semblable au vieillard de Virgile, Homme égalant les rois, homme approchant des dieux, Et, comme ces derniers, satisfait et tranquille. Son bonheur consistait aux beautés d'un jardin. Le Scythe Ty trouva qui, la serpe à la main, De ses arbres à fruits retranchait l'inutile, Ébranchait, émondait, ôtait ceci, cela,

Corrigeant partout la nature Excessive à payer ses soins avec usure.

Le Scythe alors lui demanda Pourquoi cette ruine ; était-il d'homme sage De mutiler ainsi ces pauvres habitants ? Quittez-moi votre serpe, instrument de dommage ;

Laissez agir la faux du temps :

Ils iront assez tôt border le noir rivage. J'ôte le superflu, dit l'autre ; et l'abattant,

Le reste en profite d'autant.

Le Scythe, retourné dans sa triste demeure, Prend la serpe à son tour, coupe et taille à toute heure Conseille à ses voisins, prescrit à ses amis

Un universel abattis.

Il ôte de chez lui les branches les plus belles, Il tronque son verger contre toute raison,

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