‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 380 sur 394 · LIVRE XII. FABLE XXÏ · texte numérisé non relu

LIVRE XII. FABLE XXÏ

Le jour en était pris quand quelqu'un vint leur dire

Que le singe de Jupiter, Portant un caducée, avait paru dans l'air. Ce singe avait nom Gille, à ce que dit l'histoire.

Aussitôt l'éléphant de croire

Qu'en qualité d'ambassadeur

11 venait trouver sa grandeur.

Tout fier de ce sujet de gloire, 11 attend maître Gille, et le trouve un peu lent

A lui présenter sa créance.

Maitre Gille enfin, en passant,

Va saluer son excellence.

L'autre était préparé sur la légation .

Mais pas un mot. L'attention Qu'il croyait que les dieux eussent à sa querelle N'agitait pas encor chez eux cette nouvelle.

Qu'importe à ceux du firmament

Qu'on soit mouche ou bien éléphant ?

Il se vit donc réduit à commencer lui-même. Mon cousin Jupiter, dit-il, verra dans peu Un assez beau combat de son trône suprême,

Toute sa cour verra beau jeu.

Quel /combat? dit le singe avec un front sévère. L'éléphant repartit : Quoi ! vous ne savez pas Que le rhinocéros nous dispute le pas : Qu'Eléphantide a guerre avecque Rhinocère? Vous connaissez ces lieux, ils ont quelque renom, Vraiment je suis ravi d'en apprendre le nom, Repartit maitre Gille : on ne s'entretient guère De semblables sujets dans nos vastes lambris.

L'éléphant, honteux et surpris, Lui dit : Eh ! parmi nous que venez-vous donc faire? — Partager un brin d'herbe entre quelques fourmis : Nous avons soin de tout. Et quant à votre affaire, On n'en dit rien encor dans le conseil des dieux : Les petits et les grands sont égaux à leurs yeux.

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