‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 389 sur 394 · JUPITER ET LES DEUX TONNEAUX · texte numérisé non relu

JUPITER ET LES DEUX TONNEAUX

Les muses m'ont appris que l'enfance du monde, Simple, sans passions, en désirs inféconde, Vivant de peu, sans luxer évitait les douleurs : Nous n'avions pas en nous la source des malheurs

Qui nous font aujourd'hui la guerre :

Le ciel n'exigeait lors nuls tributs de la terre ; L'homme ignorait les dieux qu'il n'apprend qu'au besoin. De nous les enseigner Pandore prit le soin. Sa boite se trouva de poisons trop remplie. Pour dispenser les maux et les biens de la vie, En deux tonneaux à part l'un et l'autre fut mis. Ceux de nous que Jupin regarde comme amis Puisent à leur naissance en ces tonnes fatales Un mélange des deux par portions égales : Le reste des humains abonde dans les maux. Au seuil de son palais Jupin mit ces tonneaux. Ce ne fut ici-bas que plainte et que murmure ; On accusa des maux l'excessive mesure..

Fatigué de nos cris, le monarque des dieux Vint lui-même éclaircir la chose en ces bas lieux. La renommée en fit aussitôt le message. Pour lui représenter nos maux et nos langueurs.

On députa deux harangueurs, De tout le genre humain le couple le moins sage,

Avec un discours ampoulé,

Exagérant nos maladies.

1 Nous avons suivi la pensée de Valckenaër, qui, le premier, plaça parmi les fables de la Fontaine cet apologue qui fait partie d'uD poëme de notre auteur.

Page 1