‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 390 sur 394 · LIVRE XII. FABLE XX\I1I · texte numérisé non relu

LIVRE XII. FABLE XX\I1I

Jupiter en fut ébranlé : Ils firent un portrait si hideux de nos vies, Qu'il inclina d'abord à réformer le tout. Momus, alors présent, reprit de bout en bout De nos deux envoyés les harangues frivoles. N'écoutez point, dit-il, ces diseurs de paroles ; Qu'ils imputent leurs maux à leur dérèglement, Et non point aux auteurs de leur tempérament ; Cette race pourrait, avec quelque sagesse, Se faire de nos biens à soi-même largesse. Jupiter crut Momus ; il fronça les sourcils : Tout l'Olympe en trembla sur ses pôles assis. Il dit aux orateurs : Va, malheureuse engeance, C'est toi seule qui rends ce partage inégal : En abusant du bien, tu fais qu'il devient mal, Et ce mal est accru par ton impatience. Jupiter eut raison, nous nous plaignons à tort . La faute vient de nous aussi bien que du sort. Les dieux nous ont jadis deux vertus députées, La constance aux douleurs et la sobriété : C'était rectifier cette inégalité.

Comment les avons-nous traitées ?

Loin de loger en nos maisons Ces deux filles du ciel, ces sages conseillères, Nous fuyons leur commerce ; elles n'habitent guères

Qu'en des lieux que nous méprisons.

L'homme se porte en tout avecque violence,

A l'exemple des animaux, Aveugle jusqu'au point de mettre entre les maux

Les conseils de la tempérance.

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