‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 57 sur 394 · TESTAMENT EXPLIQUÉ PAR ÉSOPE · texte numérisé non relu

TESTAMENT EXPLIQUÉ PAR ÉSOPE

Si ce qu'on dit d'Ésope est vrai,

C'était l'oracle de la Grèce :

Lui seul avait plus de sagesse Que tout l'aréopage. En voici pour essai

Une histoire des plus gentilles, Et qui pourra plaire au lecteur.

Un certain homme avait trois filles,

Toutes trois de contraire humeur :

Une buveuse ; une coquette ;

La troisième, avare parfaite.

Cet homme, par son testament,

Selon les lois municipales, Leur laissa tout son bien par portions égales,

En donnant à leur mère tant,

Payable quand chacune d'elles Ne posséderait plus sa contingente part.

Le père mort, les trois femelles Courent au testament, sans attendre plus tard.

On le lit, on tâche d'entendre

La volonté du testateur ;

Mais en vain : car comment comprendre

Qu'aussitôt que chacune sœur Ne possédera plus sa part héréditaire,

11 lui faudra payer sa mère ?

Ce n'est pas un fort bon moyen

Pour payer, que d'être sans bien .

Que voulait donc dire le père ?

L'affaire est consultée ; et tous les avocats.

Après avoir tourné le cas

En cent et cent mille manières, Y jettent leur bonnet, se confessent vaincus,

Et conseillent aux héritières

De partager le bien sans songer au surplus.

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