‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 58 sur 394 · LIVRE II. FABLE XX · texte numérisé non relu

LIVRE II. FABLE XX

Quant à la somme de la veuve, Voici, leur dirent-ils, ce que le conseil treuve 1 . Il faut que chaque sœur se charge par traité

Du tiers, payable à volonté ; Si mieux n'aime la mère en cr^ er une rente,

Dès le décès du mort courante.

La chose ainsi réglée, on composa trois lots :

En l'un les maisons de bouteille,

Les buffets dressés sous la treille,

La vaisselle d'argent, les cuvettes, les brocs,

Les magasins de Malvoisie, Les esclaves de bouche, et, pour dire en deux mot?,

L'attirail de la goinfrerie ; Dans un autre, celui de la coquetterie, La maison de la ville, et les meubles exquis;

Les eunuques et les coiffeuses, Et les brodeuses,

Les joyaux, les robes de prix ; Dans le troisième lot, les fermes, le ménage,

Les troupeaux et le pâturage,

Valets et bêtes de labeur.

Ces lots faits, on jugea que le sort pourrait faire

Que peut-ctre pas une sœur

N'aurait ce qui lui pourrait plaire.

Ainsi chacune prit son inclination ;

Le tout à l'estimation.

Ce fut dans la ville d'Athènes

Que cette rencontre arriva.

Petits et grands, tout approuva Le partage et le choix : Ésope seul trouva

Qu'après bien du temps et des peines

Les gens avaient pris justement

Le contre-pied du testament.

Si le défunt vivait, disait-il, que FAttique

Aurait de reproches de lui !

Comment ! ce peuple, qui se pique

4 Pour trouve.

Page 1