‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 64 sur 394 · LES MEMBRES ET L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

LES MEMBRES ET L'ESTOMAC

Je devais par la royauté

Avoir commencé mon ouvrage :

A la voir d'un certain côté,

Messer Gaster 1 en est l'image ; S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent. De travailler pour lui les membres se lassant, Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme, Sans rien faire, alléguant l'exemple de Gaster. Il faudrait, disait-il, sans nous qu'il vécût d'air. Nous suons, nous peinons, comme bête de somme ; Et pour qui ? pour lui seul : nous n'en profitons pas ; Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas. Chômons, c'est un métier qu'il veut nous faire apprendre, Ainsi dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre,

Les bras d'agir, les jambes de marcher. Tous dirent à Gaster qu'il en allât chercher. Ce leur fut une errir dont ils se repentirent : Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur ; il ne se forma plus de nouveau sang au cœur ; Chaque membre en souffrit : les forces se perdirent.

Par ce moyen le» mutins virent Que celui qu'ils croyaient oisif et paresseux, à l'intérêt commun contribuait plus qu'eux.

l L'estomac, en grec.

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