LA MOUCHE ET LA FOURMI
La mouche et la fourmi contestaient de leur prix.
0 Jupiter I dit la première, Faut-il que Famour-propre aveugle les esprits
D'une si terrible manière,
Qu'un vil et rampant animal A la fille de l'air ose se dire égal ! Je hante les palais, je m'assieds à la table : Si l'on t'immole un bœuf, j'en goûte devant toi ; Pendant que celle-ci, chétive et misérable, Vit trois jours d'un fétu qu'elle a traîné chez soi.
Mais, ma mignonne, dites-moi,
Vous campez-vous jamais sur la tète d'un roi,
D'un empereur ou d'une belle?
Je le fais, et je baise un beau sein quand je veux;
Je me joue entre des cheveux-, Je rehausse d'un teint la blancheur naturelle ; Et la dernière main que met à sa beauté
Une femme allant en conquête, C'est un ajustement des mouches emprunté.
Puis allez-moi rompre la tête
De vos greniers. — Avez-vous dit ?
Lui répliqua la ménagère.
Vous hantez les palais ; mais on vous y maudit.
Et quant à goûter la première
De ce qu'on sert devant les dieux,
Croyez-vous qu'il en vaille mieux?
Si vous entrez partout, aussi font les profanes. Sur la tète des rois et sur celle des ânes Vous allez vous planter; je n'en disconviens pas,
Et je sais que d'un prompt trépas Cette importunité bien souvent est punie.