‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 91 sur 394 · LA MOUCHE ET LA FOURMI · texte numérisé non relu

LA MOUCHE ET LA FOURMI

La mouche et la fourmi contestaient de leur prix.

0 Jupiter I dit la première, Faut-il que Famour-propre aveugle les esprits

D'une si terrible manière,

Qu'un vil et rampant animal A la fille de l'air ose se dire égal ! Je hante les palais, je m'assieds à la table : Si l'on t'immole un bœuf, j'en goûte devant toi ; Pendant que celle-ci, chétive et misérable, Vit trois jours d'un fétu qu'elle a traîné chez soi.

Mais, ma mignonne, dites-moi,

Vous campez-vous jamais sur la tète d'un roi,

D'un empereur ou d'une belle?

Je le fais, et je baise un beau sein quand je veux;

Je me joue entre des cheveux-, Je rehausse d'un teint la blancheur naturelle ; Et la dernière main que met à sa beauté

Une femme allant en conquête, C'est un ajustement des mouches emprunté.

Puis allez-moi rompre la tête

De vos greniers. — Avez-vous dit ?

Lui répliqua la ménagère.

Vous hantez les palais ; mais on vous y maudit.

Et quant à goûter la première

De ce qu'on sert devant les dieux,

Croyez-vous qu'il en vaille mieux?

Si vous entrez partout, aussi font les profanes. Sur la tète des rois et sur celle des ânes Vous allez vous planter; je n'en disconviens pas,

Et je sais que d'un prompt trépas Cette importunité bien souvent est punie.

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