LE PAYSAX ET LA HACHE
Voulant, un jour, bâtir, un pauvre villageois Prend sa hache et se met à façonner son bois. Pour la hache dès lors ce fut mauvaise aubaine.
Notre ouvrier n'était pas fort ; Coupant tout de travers, en vain il se démène. La hache pèse trop, la hache a toujours tort : Fait-il quelque bévue, elle en porte la peine ; П la jette en jurant, l'insulte à tout propos :
" Bonne à rien, criait-il, et paresseuse insigne! Je ne t'emploierai plus qu'à tailler des copeaux
Ou des éclialas pour ma vigne.
Oh ! tu crois bien m'embarrasser ; Mais j'ai du cœur au ventre et de Tintelligence; On connaît son métier! Tu verras, sotte engeance. Qu'une hache n'est rien et qu'on sait s'en passer.
Avec un couteau je puis faire Ce qu'avec une hache on fait toujours très-mal; Je puis tailler du bois! — Tailler est mon affaire, Dit sans courroux la hache au villageois brutal.
Qu'en tout ta volonté soit faite;
J'obéis et reste à l'écart.
Mais réfléchis : dans ma retraite
Tu viendras me chercher plus tard.
Pour bâtir, un couteau ne t'est d'aucun usage; La hache y suffira, si tu sais ton métier. Tout n'est pas propre à tout , et tant vaut l'ouvrier,
Tant vaut l'outil, nous dit le sage. «