‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 102 sur 161 · LE PAYSAX ET LA HACHE · texte numérisé non relu

LE PAYSAX ET LA HACHE

Voulant, un jour, bâtir, un pauvre villageois Prend sa hache et se met à façonner son bois. Pour la hache dès lors ce fut mauvaise aubaine.

Notre ouvrier n'était pas fort ; Coupant tout de travers, en vain il se démène. La hache pèse trop, la hache a toujours tort : Fait-il quelque bévue, elle en porte la peine ; П la jette en jurant, l'insulte à tout propos :

" Bonne à rien, criait-il, et paresseuse insigne! Je ne t'emploierai plus qu'à tailler des copeaux

Ou des éclialas pour ma vigne.

Oh ! tu crois bien m'embarrasser ; Mais j'ai du cœur au ventre et de Tintelligence; On connaît son métier! Tu verras, sotte engeance. Qu'une hache n'est rien et qu'on sait s'en passer.

Avec un couteau je puis faire Ce qu'avec une hache on fait toujours très-mal; Je puis tailler du bois! — Tailler est mon affaire, Dit sans courroux la hache au villageois brutal.

Qu'en tout ta volonté soit faite;

J'obéis et reste à l'écart.

Mais réfléchis : dans ma retraite

Tu viendras me chercher plus tard.

Pour bâtir, un couteau ne t'est d'aucun usage; La hache y suffira, si tu sais ton métier. Tout n'est pas propre à tout , et tant vaut l'ouvrier,

Tant vaut l'outil, nous dit le sage. «

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