‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 118 sur 161 · L'ABEILLE ET LES MOUCHES · texte numérisé non relu

L'ABEILLE ET LES MOUCHES

Vers des pays nouveaux, pour voir choses nouvelles, Des mouches, un heau jour, allaient porter leurs ailes.

Dans leur projet hien arrêté, \os touristes voulaient faire entrer une abeille. Un perroquet bavard leur avait raconté De ces climats lointains merveille sur merveille; De plus, il était clair que du pays natal

Les gens ligués pour les exclure A leur faim désormais refusaient tout régal. u 0 honte! à leur lésine a-t-on rien vu d'égal?

C'est tous les jours nouvelle injure!

A table, un globe de cristal

Nous interdit la confiture ;

Enfin des palais, pour changer.

Si nous fuyons tout indignées,

Dans la chaumière autre danger :

Nous y trouvons les araignées !

IJon voyage! Pour moi, mes gonts sont différeuts.

Dit rabeille, au pays est le bouheur suprême.

Mon miel пГу vaut l'accueil des grands;

Comme en ville, au village on m'aime.

Mais vous, courez, volez où bon vous semblera, Toujours où vous irez mêiiie sort vous suivra. Inutiles partout, du pays éloignées, V ous verrez le mépris rabattre votre orgueil ;

Vous n'aurez pour vous faire accueil

Que la patte des araignées. »

Celui qui par d'heureux efforts

Peut être utile à sa patrie,

X'ira jamais sur d'autres bords,

Fils ingrat, dépenser sa vie.

Si l'oisif sans talents se plaît à voyager. C'est que, loin du pays, sa honte est plus légère ; Sa paresse a compris qu'un hôte passager \e doit point de travail à la terre étrangère '.

* ■■^ Volontiers on fait cas de la terre étrangère,

Volontiers gens boiteux baissent le logis, r

avait déjà dit la Fontaiue à la nation la moins voyageuse du monde. Il faut avouer que Krilof était plus fondé que notre poëte à critiquer ce besoin de locomotion continue qui porte si souvent les touristes hors des frontii^res. On a dit sj)irituellenieut que les seigneurs russes passeut tout leur temps à aller raconter à l'étrauger combien on est heureux de vivre en Russie; mais est-ce bien à nous de nous plaindre de cette fantaisie, puisqu'elle nous procure le plaisir de faire accueil à d'aimables hôtes qui viennent si libéralement dépenser leur fortune parmi nous ?

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