LE VILLAGEOIS ET LE SERPENT
Un jour d'hiver, un serpent Près d'un villageois se glisse.
« Voisin , je suis sans malice, Lui dit l'animal rampant.
A ton foyer plus de cause Pour m'empêcher d'être admis ; De grand cœur je te propose De nous voir en bons amis.
Je suis tout autre, et la preuve, Tu peux la voir par tes yeux :
Au printemps, j'ai fait peau neuve.
— Oui, dit l'autre, c'est au mieux; Mais triple sot qui t'écoute Et te croit bien corrigé ; De peau tu changeas sans doute.
Mais ton cœur n'a point changé. »
Il dit, et, sans plus attendre.
Pour prévenir son dessein , D'un coup de hache il va fendre La tète à son l)on voisin.
Vous qu'à bon droit on soupçonne, Qui d'habit savez changer, En vain d'un masque étranger Vous couvrez votre personne ; Le traître vil et rampant Est, malgré son air affable, Traité comme en notre fable Est traité notre serpent.