LES ROSSIGXOLS EX CAGE
Ln habile oiseleur, au printemp&, avait pris
Des rossignols dans un bocage.
Nos virtuoses , mis en cage , Au lieu de sons joyeux, poussaient de tristes cris, Captifs, ne pouvant plus aller, à l'élourdie.
Folâtrer à l'ombre des bois , Ils n'avaient plus dès lors goût à la mélodie;
Ils voulaient chanter, mais leur voix Sous le poids du chagrin paraissait engourdie.
Un d'entre eux, pauvre cœur blessé.
Des plus cuisants soucis paraissait oppressé : Loin de lui, sa compagne aux bois était restée;
Il avait donc double raison
Pour sentir son ume attristée
Par les barreaux de sa prison.
D'un œil humide et triste il contemple la plaine:
Jour et nuit, san^ tarir ses pleuis , Il gémit, il soupire, il dort et mange à peine.
208 LIVRE HLITIEME
u Bien fou qui perd son temps à pleurer ses malheurs ! Se dit-il , un beau jour ; à tout il est remède ;
Toujours gémir n'avance à rien ;
Le sage doit trouver moyen De guérir ses chagrins, lorsqu'il se vient en aide. Pour vivre plus heureux je saurai m'arranger ;
On ne m'a pas pris, je suppose.
Que pour me voir boire et manger.
Et mon maître de moi veut sans doute autre chose. Si je puis par mes chants exciter sa gaieté ,
Un beau jour, il devra, je pense,
Pour me payer ma récompense ,
Me mettre enfin en liberté ! »
Du troubadour ailé la voix pure et sonore
Se met à chanter le réveil
De la nature et de l'aurore , Et l'éclat renaissant des rayons du soleil. Qu'arriva-t-il? Il fut plus malheureux encore!
Son talent lui devint fatal.
Un beau matin , la main du maître ,
Aux rossignols qui chantaient mal ,
Ouvre la cage et la fenêtre.
Mais au divin chanteur nul soin ne réussit : 11 chante, il chante encore... hélas! peine perdue; Plus sa voix prend d'ampleur, de charme et d'étendue ,
Plus sa prison se rétrécit.