LE PAYSAN ET LE CHEVAL
Un bon villageois sur la terre
Semait l'avoine à pleine main.
In cheval, jeune encor, posté sur le chemin, Témoin de ce travail, s'en mettait en colère. « A quoi bon, disait-il, porter l'avoine ici? Puis de l'homme on viendra vanter l'intelligence
Est-il plus ridicule engeance?
Pourquoi fouiller la terre ainsi?
Il y cache l'avoine, et la voilà perdue !
A notre beau cheval bai-brun ,
Ou bien plutôt à moi, cette avoine était due. Si même au poulailler il Г avait répandue, On lui pourrait encor trouver du sens commun. La cacher est sans doute avarice sordide ;
Mais voilà qu'il la jette en Tair!
Oli ! pour le coup, il est bien clair
Que ce paysan est stupide ! »
Ainsi parle notre entêté,
Et pourtant, lorsque vient Tautomne,
Le villageois a récolté
Tous les grains mûris par Tété,
Et c'est au cheval qu'il les donne.
Quand mon jeune cheval a si mal raisonné, Lecteur, il est certain que tu l'as condamné ; Mais, de l'antiquité jusqu'au siècle où nous sommes, N'en'esl-il pas ainsi de la plupart des hommes? Élevant vers le ciei leurs regards indiscrets. Que de fois, dans leur impudence.
Sans savoir ses desseins secrets.
Ont-ils blâmé la Providence!