‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 146 sur 161 · L'ÉCUREUIL E\ SERVICE · texte numérisé non relu

L'ÉCUREUIL E\ SERVICE

A la cour du roi des forêts,

Un écureuil prit du service.

Comment? Pourquoi? Pour quel office?

Ce sont détails restés secrets.

Sans plus, il nous devra suffire De savoir que du roi son soin était prisé ;

Assurément, c'est assez dire, Car plaire au roi lion n'est pas toujours aisé.

Pour ses gages on lui propose

Des noisettes plein un chariot.

(Je dis qu'on les promet ; donner est aulre chose.) Le temps passe, et bientôt il n'en est soufflé mot. La pauvre bète, à jeun, souffrait souvent martyre,

Et pourtant, malgré ses douleurs.

Devant le roi cachant ses pleurs,

Le \entre creu\, il devait rire.

Dans le verger voisin, hélas! mon écureuil

Voit ses amis sur la coudretle Passer et repasser, en cueillant la noisette, Et, sans pouvoir bouger, les suit du coin de l'œil.

248 LIVRE XEUVIÈME.

Là-bas, on croque, on croque; à ce bruit qui Tinvite, Il fait un pas, puis deux, vers le friand jardin ; 11 regarde en arrière, il s'élance, et soudain Le roi l'appelle et gronde : il faut rentrer bien vile!

L'âge arrivait. Le roi, de ses soins dégoûté. Le met à la réforme, et, pour payer ses dettes, Lui donne un plein chariot de noix et de noisettes. C'étaient fruits merveilleux, d'exquise qualité, Dans les bons crus cueillis par ordre; Mais le pauvre amateur de noix N'avait plus de dents pour y mordre.

Qui donne à temps donne deux fois.

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