LE HIBOU ET L'AXE
Parti pour un Irc's-long voyage, Un une aveugle errait , sans guide et sans appui ,
Au fond d'une forêt sauvage, Et la nuit s'étendait si sombre autour de lui Qu'un autre, avec des yeux, n'eût pas vu davantage. Bref, dans d'épais taillis le touriste insensé Finit par se trouver si fort embarrassé. Qu'il lui fallait peut-être une journée entière Rester sans avancer ni marcher en arrière. Un hibou, par hasard, tout près de là passait;
A s'offrir pour guide il s'empresse.
Or, un hibou , chacun le sait , Du regard peut percer la nuit la plus épaisse. Sur le chemin obscur se trouvaient, tour à tour,
iNIonts, ravins, fossés, précipices;
Mais tout , grâce à ses bons offices,
Etait franchi comme en plein jour.
Le matin, nul danger n'apparaît sur \л route; ALiis quitter un tel guide était cruel sans doute; L'une n'y peut songer. D'un ton assez pressant.
Il l'invite à poursuivre, et le hibou consent.
Brûlant d'une ardeur sans égale, Mon baudet veut dès lors parcourir l'univers. Le hibou, d'un seigneur se donnant les grands airs,
Sur son dos aussitôt s'installe.
Et l'on part. Le voyage est-il heureux? Non pas. A peine à l'horizon l'aube est-elle apparue,
Que le hibou, perdant la vue,
Fait chopper l'âne à chaque pas.
Pourtant notre entêté, dans sa cervelle étroite. N'en voulait point démordre ; en aveugle il guidait A travers les dangers son aveugle baudet. ce Gare! lui criait-il, une mare est à droite! (Or, point de mare à droite; à gauche était un trou.) A gauche, encore à gauche, et prends garde à la butte ! »
Paf ! mon J)audet et mon hibou
Dans un ravin font la culbute.
Qu'un écervelé guide un fou.
Il doit s'allenclre à même chute.
LE CHiRX i:t le cheval.
Un chien, d'une maison champêtre Senitcur hargneux mais zélé, Avec le cheval de son maître Eut , un beau jour, un démêlé.
и Le voilà , ce seigneur, ce prince , Lui dit Barbos, comme il passait.
Pour moi la perte serait mince , Si de la cour on le chassait !
Mais , après tout, que sait-il faire?
Porter les gens et labourer ; Voyez un peu la belle affaire !
Il ose à moi se coniparer !
Mais vraiment l'audace est trop forte, Car enfin, moi, sans nul repos, Le jour, je garde les troupeaux , Et, la nuit, je garde hi porte.
— Oui , dit le cheval , ta raison Sans doute de justesse est pleine ; ]\Iais , si pourtant , chaque saison , Je n'allais labourer en plaine , Tu n'aurais , la chose est certaine, Rien à garder à la maison.