LE VILLAGEOIS ET LE GHIEX
Econome parfait, propriétaire aisé,
Un villageois, prenant un chien à son service,
Avait été pourtant assez malavisé
Pour en exiger triple office :
Garder le seuil de la maison ,
Cuire au four le pain du ménage,
Puis au verger, dans la saison ,
Donner ses soins à l'arrosage.
u A d'autres! direz-vous, lecteur,
Vous radotez de belle sorte !
Que votre chien garde la porte.
On le conçoit; mais, cher auteur,
Vit-on jamais la genl canine Arroser au jardin ou chauffer la cuisine? — Lecteur, ai-je affirmé que Barbos l'avait fait?
Non. J'ai dit qu'il le devait faire :
L'intention n'est point le fait ;
C'est tout en cela qu'est l'affaire. '^ Cumulant trois emplois, tout d'abord notre chien. Voulut toucher aussi somme trois fois plus forte.
Puisque Barbos s'en trouvait bien , Qu'un autre en fût lésé, qu'importe!
Tout bien conclu , le lendemain , Pour s'égayer un peu, se promener et boire, Le maître, rassuré, se rendait à la foire. Le soir, de son logis il reprend le chemin Et chez lui fait sa ronde. 0 mécompte effroyable! Pas de pain ! Le verger n'était point arrosé, Et tout dans le grenier était dévalisé î Il jette, il brise tout, jure, se donne au diable; Versant l'injure à flots sur l'indigne animal,
En vain il cherche à le confondre ; Barbos à tout reproche, avec sang-froid égal,
Avait toujours mot à répondre :
S'il gardait la maison, n'en pouvant pas bouger. Il ne pouvait dès lors arroser le verger ; S'il allait au verger, comment pourrait-il cuire? Enfin , pour dernière raison , S'il cuisait, on peut en induire Qu'il ne gardait pas la maison'.
' Il est aisé de voir que notre poëte s'élève ici contre ГаЬив du cumul des places si fréquent en Russie... et ailleurs.
LIVHE DIXIEME. 281