‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 159 sur 161 · LE VILLAGEOIS ET LE GHIEX · texte numérisé non relu

LE VILLAGEOIS ET LE GHIEX

Econome parfait, propriétaire aisé,

Un villageois, prenant un chien à son service,

Avait été pourtant assez malavisé

Pour en exiger triple office :

Garder le seuil de la maison ,

Cuire au four le pain du ménage,

Puis au verger, dans la saison ,

Donner ses soins à l'arrosage.

u A d'autres! direz-vous, lecteur,

Vous radotez de belle sorte !

Que votre chien garde la porte.

On le conçoit; mais, cher auteur,

Vit-on jamais la genl canine Arroser au jardin ou chauffer la cuisine? — Lecteur, ai-je affirmé que Barbos l'avait fait?

Non. J'ai dit qu'il le devait faire :

L'intention n'est point le fait ;

C'est tout en cela qu'est l'affaire. '^ Cumulant trois emplois, tout d'abord notre chien. Voulut toucher aussi somme trois fois plus forte.

Puisque Barbos s'en trouvait bien , Qu'un autre en fût lésé, qu'importe!

Tout bien conclu , le lendemain , Pour s'égayer un peu, se promener et boire, Le maître, rassuré, se rendait à la foire. Le soir, de son logis il reprend le chemin Et chez lui fait sa ronde. 0 mécompte effroyable! Pas de pain ! Le verger n'était point arrosé, Et tout dans le grenier était dévalisé î Il jette, il brise tout, jure, se donne au diable; Versant l'injure à flots sur l'indigne animal,

En vain il cherche à le confondre ; Barbos à tout reproche, avec sang-froid égal,

Avait toujours mot à répondre :

S'il gardait la maison, n'en pouvant pas bouger. Il ne pouvait dès lors arroser le verger ; S'il allait au verger, comment pourrait-il cuire? Enfin , pour dernière raison , S'il cuisait, on peut en induire Qu'il ne gardait pas la maison'.

' Il est aisé de voir que notre poëte s'élève ici contre ГаЬив du cumul des places si fréquent en Russie... et ailleurs.

LIVHE DIXIEME. 281

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