LE GOUCOIJ ET LE COQ
" Que ta voix , mon cher coq , est brillante et sonore ! — Et toi , mon cher coucou , mon orgueil , mon soleil , Que de charme et que d'art dans ton chant que j'adore ! Xos bois des alentours n'ont point chanteur pareil; Qui t'entendrait cent ans voudrait t' entendre encore ! Et toi donc, mon beau coq, j'en jure ici ma foi. Si tu te tais, j'attends, toujours tendant l'oreille;
Je meurs, et ne reviens à moi
Que lorsque ton chant me réveille.
Ah çà ! mais où prend-on de ces voix-h\, dis-nous?
Quelle prestesse et quelle aisance !
Quels sons purs, éclatants et doux!
Chez vous autres, je crois, c'est un don de naissance! Tu dois mille talents au ciel qui t'a gâté,
Mais ta voix... ta voix, c'est tout dire!
Va, leur rossignol si vanté,
Près de toi n'est qu'un pauvre sire!
— Merci , compère, à mon avis, Et c'est l'avis aussi du public qui t'admire, Tu passes dans tes champs l'oiseau du paradis! ';
Un moineau les entend et leur dit : « Camarades, Pourquoi vous enrouer à pousser de tels cris , En vous comblant tous deux de compliments si fades? Vos chants n'en sont pas moins d'affreux charivaris ! »
Sans honte et sans pudeur quand un flatteur vous loue,
D'éloges mutuels il sait qu'il fait un troc :
A vanter le coucou lorsque le coq s'enroue,
C'est pour que le coucou vante, à son tour, le coq.
LE GRAXD SEIGXEUR.
Ln grand seigneur, nous dit l'antiquité, Sans courtisans avait, un jour, quitté Son beau palais et son riche domaine, Pour visiter la rive souterraine Du sombre empire où Pluton tient sa cour; Ou, pour parler en langue plus humaine, Ln grand seigneur vint à mourir, un jour. Devant le juge il alla comparaître, Ainsi qu'il est aux enfers ordoimc :
« Quel est ton rang? quel pays t'a vu naître?
— J'étais satrape ; en Perse je suis né. Je fus toujours de santé si débile, Que je n'ai pu m' occuper un moment , Laissant aux mains d'un secrétaire habile Le soin actif de mon gouvernement.
— Mais qu'as-tu fait? — Donnant ma signature, Tout à loisir, j'ai bu, dormi, mangé.
— Au paradis va tout droit! — Mal jugé! Sans nul respect s'écrie alors Mercure.
— Non , pas si mal , dit Éaque , on voit bien , A parler franc, que tu n'y comprends rien. L'ignores-tu? de son vivant, ce prince N'était qu'un sot, et, si de son pouvoir
Il eût usé, sur sa pauvre province Que de malheurs on aurait vus pleuvoir ! Aurais-tu pu, témoin de ces alarmes.
Pour réparer les maux que j'ai prédits, De tant de gens aller sécher les larmes? Notre homme donc, et point ne m'en dédis. N'ayant rien fait, a droit au paradis. »
Je vis hier, à la séance.
Certain juge, tout en dormant, De Thémis tenir la balance :
Il doit avoir assurément Le paradis pour récompense.