‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 18 sur 161 · XXVI PREFACE · texte numérisé non relu

XXVI PREFACE

voir se permettre , il mourut le 9 novembre 1844, à huit heures du matin. Son estomac n'avait pu digérer un gruau mêlé à une purée de gelinottes. Il était près d'accomplir sa soixante-dix-septième année.

Dans ses derniers moments, Krilof conserva tout son sang-froid , et montra même quelque gaieté. S'entrelenant avec un de ses amis sur sa maladie, il lui dit, sous la forme d'un apologue : " Un mougik allait vendre une charretée de poisson séché; son cheval était faible et malingre ; pourtant il lui en donna à porter plus qu'il ne pouvait. Ses voisins voyant cela , lui dirent qu'il arriverait malheur à ce pauvre animal, u Bah! « se contenta de répondre le mougik, « ce n'est que du poisson séché! » Mais il s'aperçut en chemin que la charge était trop lourde, et qu'elle allait faire tomber son cheval, quoiqu'il n'eût à porter que du poisson. Il en est arrivé de même pour moi : « Les gelinottes ne me feront pas mal à l'estomac, V pensais-je, "elles sont en purée; d mais tout ce qui est de trop n'est pas bon ; il faut s'en abstenir. « Cette morale in extremis avait d'autant plus de force , que Krilof, cette fois, l'appuyait de son exemple.

Il aurait pu vivre encore de longues années, grâce à sa vigoureuse constitution ; mais il n'avait jamais su maîtriser ses appétits désordonnés, et son esto-

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