L'ELEPHANT EN FAVEUR
Au roi lion ayant su plaire,
L'éléphant, un beau jour, parvint aux dignités;
Mais les hôtes des bois, d'un tel choix dépités.
En glosaient assez haut, et, comme à l'ordinaire. Chacun faisait son commentaire.
«D'où viennent, disaient-ils d'un air très-intrigué ,
A si pauvre sujet ces faveurs singulières? Il est affreux, il n'est pas gai.
Rien d'aimable ou de distingué Dans son port et dans ses manières. »
Et les caquets d'aller. " Ah ! dit maître renard Déroulant sa queue avec art,
S'il avait à montrer ce soyeux appendice,
g LIVRE PREMIER.
Sa faveur, à coup sûr, aurait été justice,
Et j'y pourrais du moins applaudir pour ma part.
— Si de griffes , dit Tours , sa patte était pourvue , - Tout pourrait s'expliquer, et nul ne dirait rien : 1
Cet agrément l'eût mis en vue ; Mais il en est privé , chacun le sait très-bien. |
— Eh! dit alors le bœuf, près de sortir des bornes, 11 a de longues dents ; sans doute il leur a dû
De la faveur du roi l'honneur inattendu :
Qui sait si l'on n'a point pris ses dents pour des cornes! >*
L'âne, faisant claquer sa double oreille en l'air :
a Je sais, dit-il, pourquoi l'on a faveurs pareilles;
Voulez-vous le fm mot? Pour moi, le fait est clair : S'il a plu , c'est par ses oreilles ! "
Par la jalousie excités A noter les défauts des autres , Nous leur cherchons des qualités Pour attirer l'œil sur les nôtres.