‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 31 sur 161 · L'ELEPHANT EN FAVEUR · texte numérisé non relu

L'ELEPHANT EN FAVEUR

Au roi lion ayant su plaire,

L'éléphant, un beau jour, parvint aux dignités;

Mais les hôtes des bois, d'un tel choix dépités.

En glosaient assez haut, et, comme à l'ordinaire. Chacun faisait son commentaire.

«D'où viennent, disaient-ils d'un air très-intrigué ,

A si pauvre sujet ces faveurs singulières? Il est affreux, il n'est pas gai.

Rien d'aimable ou de distingué Dans son port et dans ses manières. »

Et les caquets d'aller. " Ah ! dit maître renard Déroulant sa queue avec art,

S'il avait à montrer ce soyeux appendice,

g LIVRE PREMIER.

Sa faveur, à coup sûr, aurait été justice,

Et j'y pourrais du moins applaudir pour ma part.

— Si de griffes , dit Tours , sa patte était pourvue , - Tout pourrait s'expliquer, et nul ne dirait rien : 1

Cet agrément l'eût mis en vue ; Mais il en est privé , chacun le sait très-bien. |

— Eh! dit alors le bœuf, près de sortir des bornes, 11 a de longues dents ; sans doute il leur a dû

De la faveur du roi l'honneur inattendu :

Qui sait si l'on n'a point pris ses dents pour des cornes! >*

L'âne, faisant claquer sa double oreille en l'air :

a Je sais, dit-il, pourquoi l'on a faveurs pareilles;

Voulez-vous le fm mot? Pour moi, le fait est clair : S'il a plu , c'est par ses oreilles ! "

Par la jalousie excités A noter les défauts des autres , Nous leur cherchons des qualités Pour attirer l'œil sur les nôtres.

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