LES MUSICIENS
Un amateur, un jour, à sa table convie Un sien voisin ; mais il avait deux buts
La musique étant sa manie, A son hôte il voulait, dans une symphonie, Faire entendre ses chœurs^ pour leurs premiers débuts. On entonne ; à chanter chacun s'escrime en brave ;
Mais quel train! Г un monte au grenier
Quand l'autre descend à la cave, Et tous, à qui mieux mieux, hurlent à plein gosier. Notre hôte à son tympan sent qu'on fait avanie , Et la tête lui tourne : к Au nom du ciel, pitié ! Criait-il effaré ; la plaisante harmonie ! Ton chœur braille, et ces gens sont fous plus d'à moitié. — Oui, dit l'amphitryon, qui craint de lui déplaire, Leur voix détonne un peu, volontiers je l'admets; Mais ces gens-là, mon cher, ne s'enivrent jamais.
Et leur conduite est exemplaire î »
Moi, je dirai : Boire n'est rien; Quand tu te charges d'une affaire, Bois si tu veux , mais fais-la bien !
' Quelques seigneurs russes éièvent et entretiennent à domicile, pour le service de leur chapelle particulière, un grand nombre de chantres qui, en général, forment des chœurs très-remarquables, quoi qu'en dise ici la maligne critique de notre auteur. Ces fantaisies ruineuses deviennent, du reste, plus rares de jour en jour.