LE CONVOI DE CHARIOTS
Un convoi de chariots lentement cheminait ,
Pour porter des pots à la ville ; La roule, qu'un ravin brusquement inclinait. Présentait une pente ardue et difficile. Au haut de la montée un instant arrêté , Le maître des chariots , les faisant tous attendre ,
то LIVRE TROISIEME.
En prend un qu'il conduit et qu'il aide à descendre.
Le cheval, manœuvrant avec sagacité,
Semble porter la charge à sa croupe appuyée ,
Sans laisser un moment la voiture enrayée
Sur le sol escarpé glisser en liberté.
Posté sur la hauteur, un cheval très-novice
S'écriait : с Le voilà, ce cheval tant prôné ,
Belle trouvaille ! Est-il assez borné î
Il marche comme une écrevisse.
Tenez , voyez : à ce rocher Tout à l'heure, à coup sûr, il ira s'accrocher ! Bien ! il va de travers ; bon ! il va trop à droite ! Trop à gauche , à présent ! Ane à cervelle étroite ! Encor si l'on montait , si l'on n'y voyait pas ! Mais c'est à la descente , en plein jour qu'il se cogne ! Je n'y tiens plus , à voir comme il fait la besogne.
On reste à croupir au moulin ,
Lorsque l'on est si pauvre sire.
Regarde un peu comme un malin
Tout autrement chez nous s'en tire!
Ne crains rien : je vais m'atteler;
En un instant la chose est faite;
Sans porter h dos la charrette ,
Tu vas voir comme on va rouler! »
Le cheval que l'ardeur emporte, Poitrail tendu, crinière au vent, Ebranle la voiture et l'entraîne en avant.
Mais la roue était libre et la charge très-forte : Le chariot sur son dos heurtant, à coups pressés , V^a lancer les brancards dans ses flancs défoncés. Pourtant notre cheval , d'une ardeur sans pareille, Fend l'air des quatre pieds et fait encor merveille ;
Il franchit tout , ravin , fossé ,
Saute et bondit sur chaque pierre ;
Enfin , loin du chemin tracé.
Il dévie, il dévie... il tombe à la rivière!
Adieu les pots ! Tout est cassé !
Ce travers chez les gens est assez ordinaire : Tout ce que fait autrui leur paraît anormal;
Que le frondeur prenne l'affaire.
Il la fera deux fois plus mal.