‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 60 sur 161 · LE CONVOI DE CHARIOTS · texte numérisé non relu

LE CONVOI DE CHARIOTS

Un convoi de chariots lentement cheminait ,

Pour porter des pots à la ville ; La roule, qu'un ravin brusquement inclinait. Présentait une pente ardue et difficile. Au haut de la montée un instant arrêté , Le maître des chariots , les faisant tous attendre ,

то LIVRE TROISIEME.

En prend un qu'il conduit et qu'il aide à descendre.

Le cheval, manœuvrant avec sagacité,

Semble porter la charge à sa croupe appuyée ,

Sans laisser un moment la voiture enrayée

Sur le sol escarpé glisser en liberté.

Posté sur la hauteur, un cheval très-novice

S'écriait : с Le voilà, ce cheval tant prôné ,

Belle trouvaille ! Est-il assez borné î

Il marche comme une écrevisse.

Tenez , voyez : à ce rocher Tout à l'heure, à coup sûr, il ira s'accrocher ! Bien ! il va de travers ; bon ! il va trop à droite ! Trop à gauche , à présent ! Ane à cervelle étroite ! Encor si l'on montait , si l'on n'y voyait pas ! Mais c'est à la descente , en plein jour qu'il se cogne ! Je n'y tiens plus , à voir comme il fait la besogne.

On reste à croupir au moulin ,

Lorsque l'on est si pauvre sire.

Regarde un peu comme un malin

Tout autrement chez nous s'en tire!

Ne crains rien : je vais m'atteler;

En un instant la chose est faite;

Sans porter h dos la charrette ,

Tu vas voir comme on va rouler! »

Le cheval que l'ardeur emporte, Poitrail tendu, crinière au vent, Ebranle la voiture et l'entraîne en avant.

Mais la roue était libre et la charge très-forte : Le chariot sur son dos heurtant, à coups pressés , V^a lancer les brancards dans ses flancs défoncés. Pourtant notre cheval , d'une ardeur sans pareille, Fend l'air des quatre pieds et fait encor merveille ;

Il franchit tout , ravin , fossé ,

Saute et bondit sur chaque pierre ;

Enfin , loin du chemin tracé.

Il dévie, il dévie... il tombe à la rivière!

Adieu les pots ! Tout est cassé !

Ce travers chez les gens est assez ordinaire : Tout ce que fait autrui leur paraît anormal;

Que le frondeur prenne l'affaire.

Il la fera deux fois plus mal.

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