‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 61 sur 161 · L'ÉLÉPHANT GOUVERNEUR · texte numérisé non relu

L'ÉLÉPHANT GOUVERNEUR

Le puissant dont l'autorité S'exerce sans intelligence, Ne gagne rien par la bonté , Et fait le mal par indulgence.

L'éléphant, un jour, en faveur.

D'une vaste forêt fut nommé gouverneur.

Par son esprit sa race brille ,

J'en conviens ; mais aussi , dit-on ,

Sans quelque difforme avorton

Il n'existe point de famille , Et d'un père avisé maint éléphant ne prit Que le corps gros et lourd , sans en avoir l'esprit. Le nôtre était ainsi. Du reste , peu farouche , Il n'eût pas écrasé de lui-même une mouche.

Au tribunal , un jour, il reçut un écrit

Où les brebis disaient, en style lamentable :

« Nous , brebis , affirmons , au nom de maint troupeau ,

Que nos seigneurs les loups nous écorchent la peau.

— 0 les coquins ! dit-il , quel crime abominable î » Tous les loups sont mandés : « Qui vous donna le droit De faire à nos brebis outrage et violence?

— Pardon ! disent les loups , c'est vous-même , Excellence, Qui nous avez permis, par un hiver très-froid,

De prélever ainsi , vu la température ,

La toison des brebis qui nous sert de fourrure.

De quel droit viennent donc crier Ces brebis, race inepte et sujette à rancune? Pour une pauvre peau qu'on demande à chacune ,

Les sottes se font bien prier!

— C'est bon ! dit l'éléphant, mais pourtant, prenez garde ! A jouer pareil jeu, tout pillard se hasarde.

Je veux corriger les abus.

Une peau par brebis , la chose peut se faire ; Mais surtout pas un poil de plus , Car à moi vous auriez affaire ! »

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