LE PAYSAN DAXS LE MALHEUR
Dans le cellier d'un villageois ,
Par une nuit sombre et sans lune,
Certain voleur cherchant fortune
Voient se glisser en tapinois.
Là, flairant les écus que le bonhomme entasse, Il sonde les planchers , les murs et les plafonds , Et, sans scrupule aucun, sur tout il fait main basse. (Du scrupule! un voleur n'en est jamais en fonds !) Le drôle en un clin d'œil a nettoyé la place , Si bien que le manant, qui s'est, riche, endormi, Se voit en s'éveillant réduit à la besace. (Tel réveil au lecteur ne plairait qu'à demi; Dieu nous en garde tous! ) Le volé crie et pleure. Mais il a des voisins , un compère , un parent; Ses amis sont toul près : il court à leur demeure. « Aidez-moi, leur dit-il, dans un malheur si grand ! »
Chacun d'eux, à loisir exerçant sa faconde, Veut donner son conseil au malheureux voisin. « Eh ! pourquoi , dit Ivan , allais-tu , par le monde , Crier à tout venant : « Ma bourse est assez ronde? »
— Désormais , dit Clément , il faudra , mon cousin , rius près de ton chalet bâtir ton magasin.
— Eh non ! criait Phocas , la chose est assez claire , Mais vous la voyez mal ou n'y comprenez rien ; Qu'un magasin soit loin , ce n'est pas une affaire ! Sais-tu ce qu'il te faut, cher ami? c'est un chien. Un chien bien endenté qui dans ta cour aboie ; Jouchka , ma favorite, a deux petits d'hier,
Prends-les donc; mon cœur est en joie, D'en pouvoir disposer pour un ami si cher : Autant vaut les donner puisqu'il faut qu'on les noie. »
Ainsi parlaient amis, parents.
Avis, conseils coulaient de source; Mais à TinforLuné ces cœurs indifférents
Se gardaient bien d'ouvrir leur bourse.
Le monde trop souvent offre exemples pareils : Tombez dans le malheur : très-prodigue en conseils , Maint bavard vous fait sa harangue ; Réclamez-vous quelque secours.
Voisins , parents , amis sont sourds :
Tout leur zèle était dans leur langue.
IIIÏ.